Lettre de rupture – Adieu

A toi,

Je ne sais pas très bien comment commencer cette lettre. Je peine à trouver les mots justes qui expliqueront ma décision douloureuse. Je sais, ça fait déjà quelques mois, mais je voulais réussir à enfin t’expliquer les tenants et les aboutissants qui m’ont amenée jusque là. Sache que j’ai énormément réfléchi avant de faire ce choix, qu’il n’a pas été réalisé sur un coup de tête, que je n’ai rien pris à la légère. Au contraire, j’ai repensé à tout ce qu’on avait vécu ensemble durant toutes ces années, puisque 14 ans, c’est long. C’est même la moitié de ma vie. C’est dire à quel point tu as pris de l’importance dans mon existence. Je me suis construite avec toi, grâce à toi, malgré toi. Tu as certainement été la relation la plus marquante de ma vie jusqu’à présent, alors ça n’a pas été simple, crois-moi.

J’ai envie de retenir en priorité les bons moments, alors j’avais tout de même envie de coucher sur le papier quelques souvenirs qui me semblent essentiels. Tout d’abord, tout ce que j’ai pu vivre avec toi, ces soirées endiablées à danser jusqu’aux petites heures du matin, ces week-ends complètement fous durant lesquels on a vécu mille et une aventures incroyables, ou encore tous ces moments où tu m’as soutenue, lorsque je n’osais pas passer à l’action, lorsque je n’arrivais pas à dire ce que je voulais. Plus récemment, mes souvenirs préférés avec toi ont leur ancrage dans les derniers mois de l’été, dans les chaudes soirées passées en terrasse ou dans un jardin, à philosopher sur la vie, dans les décisions irréfléchies nous menant à moult péripéties complètement dingues que j’aime énormément raconter aujourd’hui, ou encore dans les expériences inoubliables des festivals. Tu as toujours été là. Pour fêter mes victoires et pleurer mes échecs. Tu as pansé mes blessures. Tu as grandi mes bonheurs. Tu m’as donné du courage lorsque j’en manquais. Tu m’as permis de rencontrer des gens formidables, et de vivre des choses auxquelles je n’aurais jamais pensé, ni cru prétendre, si tu n’avais pas été là. Pour tout ça, je tiens à te remercier. Tu as été d’une présence sans faille.

Seulement voilà, durant ces 14 dernières années, notre relation a beaucoup évoluée. Forcément, au début tout était beau, tout était rose, tout était brillant. Puis avec le temps, nous nous sommes installés dans des habitudes, qui par périodes me faisaient du mal. Et progressivement, notre relation est devenue complètement toxique. Notre quotidien s’est transformé en montagnes russes. Des hauts et des bas qui, selon les jours, me donnaient confiance, ou m’enfonçaient complètement. Ce chaud-froid constant a fait émerger chez moi de grands questionnements : comment avais-je envie de vivre ma vie ? Quelle place avais-je envie de te laisser ? Est-ce que je ne me faisais pas trop influencer par tout ce que tu me faisais miroiter ? Parce qu’il faut dire que des promesses, tu en fais beaucoup… Tu m’as fait croire que j’étais la meilleure, la plus belle, la plus intelligente, et que j’étais plus forte que les autres. Tu m’as fait croire que je pouvais arriver à tout ce que je voulais. Tu m’as fais rêver à une vie pleine de joie, exempte de responsabilités. Quelque part, je pense qu’avec toi, j’avais l’impression de pouvoir rester une enfant, et me foutre de tout. J’avais peur de grandir, de devenir adulte et toi, tu m’as permis de rester dans une bulle qui m’apparaissait protectrice. Rien ne semblait avoir d’importance lorsque nous étions ensemble. Il n’y avait que nous, l’amusement, et toutes tes belles promesses. Mais la vie, malheureusement, ce n’est pas ça.

Photo de Ekrulila sur Pexels.com

Petit à petit, tu m’as fait connaître des nuits plus sombres, et des journées sans saveur. Parfois, tu me faisais pleurer pendant des heures. Je n’en comprenais même pas les raisons, mais j’avais mal, si mal. Parfois tu me rendais malade. Souvent, tu me blessais. Parfois encore, tu me faisais rentrer dans une colère noire, si noire que j’en arrivais à me déchirer avec ceux que j’aimais. Et quand tu n’étais pas là, pourtant, je ne me sentais pas mieux, au contraire. Je me suis surprise à être impatiente, impulsive, à prendre des décisions ridicules, tout ça dans le but de te retrouver. A cause de toi, j’ai dit et fait des choses que je regrette amèrement. Tu m’as fait vivre dans la culpabilité, dans les remords, et dans les doutes. Jusqu’à me faire douter de ma propre réalité, de ce qui s’était réellement passé. Tu manipulais mes souvenirs sans aucune honte, et moi, j’en redemandais. A y repenser aujourd’hui, j’ai du mal à comprendre comment j’ai pu laisser notre relation pourrir à ce point. Je me sens responsable, mais je sais bien que dans le fond, le coupable, c’est toi. Tu as profité de mes failles, de mes fêlures, de mon innocence. Tu t’es immiscé au plus profond de mon être, jusqu’à m’isoler des autres, me faisant croire que tu étais le seul, l’unique allié qu’il me restait. A cause de toi, j’ai terni des liens précieux avec mes proches. J’ai manqué de superbes opportunités. J’ai gâché de précieux instants de vie. Et ça, je ne pourrai jamais te le pardonner.

A plusieurs reprises, j’ai essayé de prendre mes distances, mais chaque tentative m’a prouvé que je ne savais pas me passer de toi bien longtemps. En 14 ans, tu étais devenu une composante de moi-même, de ma personnalité, de mon identité. Je ne savais plus qui j’étais sans toi. Pire, je ne savais plus comment exister, comment faire, comment être, sans toi. Alors à chaque fois, je revenais vers toi. Chaque fois, je retombais dans le piège. Chaque fois, je finissais par croire à nouveau à tes belles promesses. Chaque fois, jusqu’à la fois de trop. Jusqu’à ce que je me rende compte qu’une décision cruciale s’imposait : c’était soit toi, soit moi. Si je te gardais dans ma vie, j’allais disparaître, me détruire, me consummer à petit feu. Après des années de combat, j’ai dû me résoudre au fait que nous ne pourrions jamais avoir une relation saine, et que la seule solution était alors de te dire adieu.

« Adieu« . Qu’il est difficile de prononcer ce mot aux allures si définitives. Est-ce réellement ce que je souhaite ? De ne plus jamais te côtoyer ? Même dans les derniers mots que je souhaite t’adresser, me voilà remplie de doutes, encore. Malgré ces derniers mois qui m’ont pourtant confortée dans ma décision, tant j’ai eu la sensation de renaître, de revivre, et de m’épanouir, depuis que tu n’es plus là. Et puis, il est si difficile d’avancer sans toi, alors même que je te vois tous les jours. Tu es partout, tout le temps. Et ton souvenir s’accroche à la moindre chose de mon quotidien. Le café du matin me fait penser à toi. L’approche de la fin de la journée me fait penser à toi. Mes larmes me font penser à toi. Mes rires me font penser à toi. Les musiques me font penser à toi. Les événements me font penser à toi. Les repas me font penser à toi. Le soleil me fait penser à toi. Les gens me font penser à toi. Tout me ramène sans cesse à toi.

Nos débats me manquent, mon inconscience lorsque j’étais avec toi également. Tu rendais ma vie légère à bien des égards. Tu m’apaisais, tu me faisais voir les choses autrement. Parfois, je peux encore imaginer l’ivresse, et ressentir la passion, l’excitation et l’enthousiasme que ta présence me procurait.

L’avenir est mystérieux, et chaque matin apporte avec lui une multitude de possibilités. Je ne saurais donc dire de quoi demain sera fait. Néanmoins, chaque matin, depuis maintenant plus de 7 mois, je continue à prendre cette décision qui est, j’en reste convaincue, la meilleure que je pouvais prendre pour moi. Depuis, j’apprends à me connaître sans toi. J’apprends à faire face à la vie sans toi. J’apprends à ressentir mes émotions pleinement, et à y répondre sans ton aide. J’apprends à surmonter les challenges sans ton soutien. Je redécouvre mes relations, qui se sont approfondies depuis que tu n’es plus dans ma vie. Je vais mieux. Je me (re)construis dans ton absence, et je sais maintenant que chacun de mes gestes, chacun de mes dires, chacun de mes ressentis, viennent de moi, et me représentent, sans interférence, sans réinterprétation de ta part. Ils sont purement, pleinement et simplement miens. Et ça fait tellement de bien.

Cher alcool, je t’ai aimé à la folie. D’une certaine manière, c’est encore le cas, et ça le sera certainement toujours. Mais je te dis adieu, parce que je souhaite le meilleur pour moi, et le meilleur, ce n’était pas toi.

Des bisous,

Sarah

« L’alcool te fait croire que tu es quelqu’un, être sobre t’oblige à le devenir. »

Ps: la vidéo de Maxime Musqua, visionnée à plusieurs reprises, a été un soutien fort à ma décision. Des discussions à ce propos avec des ami·e·s, et notamment l’un d’eux, qui partage ce même chemin, sont autant de soutiens également.

Plusieurs ressources existent pour aider celleux qui souhaitent arrêter, diminuer, modifier leur consommation d’alcool. Parlez-en avec votre médecin en cas de besoin. N’hésitez pas à faire appel à des professionnel·le·s de la santé physique et mentale spécialisé·e·s dans la problématique.

2 réponses à « Lettre de rupture – Adieu »

  1. […] de fatigue et des nausées, parfois. J’y ai finalement découvert tellement plus que ça. J’ai fait mes Adieu à l’alcool en liant les différents impacts que j’avais pu ob…. Et un an plus tard, le bilan est sans appel (j’adore cette expression, elle donne une teinte […]

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  2. […] de fatigue et des nausées, parfois. J’y ai finalement découvert tellement plus que ça. J’ai fait mes Adieu à l’alcool en liant les différents impacts que j’avais pu ob…. Et un an plus tard, le bilan est sans appel (j’adore cette expression, elle donne une teinte […]

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