Avez-vous déjà remarqué la façon dont on parle de la maladie ? On « est » malade. Ce n’est pas banal. « Je suis malade ». Rien que de lire ces mots, et pour moi de les écrire, ça donne un vague sentiment étrange, comme si quelque chose n’allait pas. Tout le vocabulaire qu’il y a autour de la maladie, d’ailleurs, va dans le même sens. Nous « sommes » malades, nous « devons prendre des médicaments », nous devons nous « ménager ». Lorsque nous ne prenons pas bien notre traitement, nous culpabilisons, ou les autres nous font culpabiliser, nous font la morale. « Tu pourrais faire un effort », « Ce n’est quand même pas trop te demander, si ? ». Et nous tombons bien vite dans un espace où non seulement, nous sommes réduits, réduits à être malade, réduits à être limités, réduits à être infantilisés, mais en plus, nous sommes violentés, bousculés, diminués.
Je suis malade ?
Que nous souffrions d’une maladie physique, mentale, ou bien des deux à la fois, la souffrance est déjà présente dans le concept de la maladie. On n’irait pas voir un médecin, un spécialiste, si on ne souffrait pas de quelque chose. J’ai choisi mes mots avec soin : on souffre d’une maladie. Qu’elle soit physique ou mentale, on en souffre d’une façon ou d’une autre.
J’aimerais revenir ici un instant sur ce qu’on appelle les maladies psychosomatiques, qui sont bien souvent décriées et trop souvent dénigrées. Je me souviens d’un jour où l’une de mes meilleures amies m’a demandé, en mes qualités de psychologue, ce que je pensais de la thématique. Est-ce que j’y croyais, et si ça s’expliquait d’une façon ou d’une autre. Etant convaincue à l’époque de l’existence de la psychosomatique, sans pouvoir correctement l’expliquer, je me suis lancée dans une tirade qui parlait de l’importance du psychisme, à l’égal du corps. Aussi, si le psychisme pouvait en arriver à des pathologies telle que la schizophrénie, était-ce si insensé de penser que l’esprit pouvait également impacter le corps ? Je me rends aujourd’hui compte que derrière sa question, peut-être cherchait-elle à se rassurer sur l’existence des troubles psychosomatiques, des preuves, une explication tangible, qui ne pourrait pas être contestée, un peu comme ce que la science tente de faire.
A présent, en y réfléchissant, je comprends mieux le sens de sa question. Nous vivons aujourd’hui dans une société qui place le corps sur un piédestal, que ce soit au travers de la maladie physique valorisée en comparaison à la maladie psychique (un simple exemple serait d’imaginer la réaction de votre entourage si vous leur annonciez que vous souffrez d’un cancer, en comparaison à leur réaction si vous leur annonciez que vous souffrez de dépression), au travers du sexe et de l’objectivation du corps, ou encore au travers de sa mise en valeur par les vêtements, le maquillage, la chirurgie et la (sur)consommation de ces moyens pour se sentir mieux dans sa peau, mieux dans son corps. Malheureusement ou heureusement pour nous, il n’existe aucune chirurgie du psyché, aucun maquillage pouvant masquer ce que nous regardons et jugeons comme des imperfections.
Mais en avons-nous réellement besoin ? L’esprit ne se maquille-t-il pas déjà lui-même à l’aide de ses défenses, de ses blocages, de ses pulsions ? Marie-Claire Célérier parle de la psychosomatique comme de « la dimension inconsciente de la vie psychique et l’énigme du passage par le corps de ce qui ne peut être résolu par la conscience« . Nos symptômes sont donc là pour nous parler, pour communiquer, qu’ils soient physiques ou psychiques, ils veulent nous dire quelque chose. Si ceux qui s’expriment ne sont pas entendus, l’esprit trouve un autre moyen pour nous faire comprendre ce qu’il veut nous dire. Bien entendu, je ne suis pas en train de dire que tous les symptômes, toutes les maladies, sont des messages que nous devons comprendre. Néanmoins, parfois, c’est quelque chose d’intéressant à envisager.

Une maladie de société
Le célèbre jeu de mots va comme suit : le mal-à-dit (faisant référence à maladie et le mal qui vient nous dire quelque chose) et il est bien véridique. Nos maux nous indiquent d’où vient la source de notre souffrance. Le grand malheur de notre époque est que nous faisons attention aux maux physiques et bien plus rarement aux maux psychiques. Nous n’apprenons plus à développer notre intelligence émotionnelle, celle-là même qui nous permet de comprendre quelle émotion nous ressentons, ce que cette émotion veut nous dire, et comment agir en fonction de notre émotion, entre autres. Car c’est bel et bien un moyen de communication de notre corps : les émotions agissent initialement comme des signaux qui viennent nous tenir au courant de notre balance interne et de son rapport avec l »extérieur. Par exemple, lorsque nous ressentons de la colère, cela vient nous dire que nos valeurs sont mises en danger, qu’une limite a été franchie, que nous nous sentons menacés. La réponse primitive sera alors d’envoyer un signal de colère, afin de préparer le corps à l’action : se protéger, se battre, se faire respecter, etc.
Sauf que dans notre société, la colère n’est pas très bien vue, et est d’ailleurs réprimée dès le plus jeune âge. Un enfant en colère se fera gronder, punir, on le sommera de se calmer, que cela ne « sert à rien de se fâcher ». En disant cela, l’adulte vient en fait lui dire : ta colère ne sert à rien, ton émotion n’est pas valide, mets-la de côté rapidement et enferme-la à double tour. C’est alors que l’enfant apprend à prendre sur lui, cacher ses émotions puisqu’apparemment, elles ne peuvent pas être trop visibles. L’enfant devient alors une cocotte minute mise sous pression, les émotions bouillonnantes en arrière-fond, de plus en plus, et de plus en plus fort, jusqu’à exploser, et c’est ce qu’on appelle une crise de colère. J’ai pris l’exemple de la colère mais la même logique s’applique à toutes les émotions, même positives 🙂
Puisqu’on nous apprend à ne pas écouter nos émotions, on les remplace alors par la logique : la pensée. On va alors se rendre compte qu’on réfléchit aux émotions qu’on devrait ressentir selon la situation, ou l’on se rend compte que nos émotions ne correspondent pas à la situation (« je ne comprends pas, j’ai tout pour être heureux mais je n’arrive pas à être heureux »). Ce faisant, on place la pensée dans notre tour de contrôle, et elle seule sera alors capable de régir notre vie, mettant de côté l’aspect émotionnel, ressenti, intuitif ou peu importe comment nous voulons l’appeler. L’esprit, lui, est malin, et bien plus puissant qu’on ne veut bien le croire, et il trouve alors des parades. Un message, un signal, qui doit être passé, sera passé d’une façon ou d’une autre, croyez-le bien. C’est pourquoi lorsqu’on bafoue nos émotions un peu trop souvent, des symptômes physiques commencent à se développer.
Le psychosomatique finalement, c’est notre esprit qui tente par tous les moyens possibles de nous faire passer le message, et faire en sorte qu’on l’écoute.

C’est ainsi que si nous n’avons pas écouté notre émotion de colère qui venait nous dire que quelque chose de nous n’était pas respecté, qu’une limite avait été franchie, nous nous retrouvons alors à développer des symptômes tel que des douleurs (lombaires bien souvent), de la dépression, des troubles anxieux mais aussi des problèmes au foie, d’addictions, du psoriasis, de l’asthme, des ulcères, ou encore des maladies cardio-vasculaires. Il en va de même pour toutes les autres émotions qui, refoulées, peuvent entraîner une multitude de symptômes et maladies physiques et psychiques parfois très graves et pouvant entraîner la mort. Autant dire que faire taire nos émotions n’est pas particulièrement bénéfique…
Comment faire, alors ?
Au lieu de brimer et réprimer l’émotion, nous pouvons tout d’abord l’accueillir. N’oublions pas que nous ne sommes jamais notre émotion ! Nous ne sommes pas « colérique », ou « déprimé et déprimant », ou encore « inconsolable, pleurnichard » et j’en passe. Nos émotions sont des signaux, comme la soif est un signal. Pour autant, je n’ai jamais entendu personne dire qu’il ou elle était « la soif » ! Il en va de même pour nos émotions : elles sont un signal, un moyen que notre corps et notre esprit ont de nous communiquer quelque chose d’important. Il faut donc pouvoir les accueillir sans jugement, sans y mettre forcément une valence positive ou négative, mais plutôt observer l’émotion et se demander ce qu’elle vient nous dire. Pourquoi est-elle là ? D’où vient-elle ? Quels éléments l’ont déclenchée et quels éléments la font grandir ?
Il arrive régulièrement que nos émotions ne soient pas directement liées aux événements qui les ont provoquées. Par exemple, si nous vivons une situation d’injustice telle que le racisme, sur le moment nous ne ressentirons peut-être que de la peur, ou de la tristesse, l’envie de se reclure dans un coin confortable à l’abri des regards. La colère vient alors dans un second temps, et se réveillera à un moment où la situation est similaire, mais où nous avons bien plus de pouvoir d’action, par exemple lorsque votre copain préférera passer la soirée avec ses amis plutôt qu’avec vous, et que vous ressentirez soudainement une injustice telle que la colère viendra s’emparer de vous et vous fera entrer dans une colère noire. Votre copain s’en prendra plein la figure, sans comprendre réellement pourquoi, et vous, persuadé.e de défendre vos intérêts et valeurs, vous n’irez pas de main morte dans la dispute. Sauf que… Ce faisant, nous nous trompons de source de souffrance, nous déportons notre attention sur une situation problématique que nous pouvons contrôler. Malheureusement, puisque cette situation problématique n’est pas la source primaire de notre émotion, nous ne réglons en fait pas le problème (et nous en créons d’autres avec notre copain, qui plus est). L’émotion a pu s’exprimer, mais sur le mauvais objet, à la mauvaise intensité au vu de la situation et l’apaisement n’est donc qu’illusoire et temporaire, puisque nous n’avons en fait pas réglé le souci.
Une piste de solution dans cette situation aurait été de pouvoir accueillir la colère ressentie, réfléchir à ce qu’elle nous dit (colère –> situation d’injustice), comprendre que cela faisait échos à l’expérience de racisme récemment vécue, et rétablir l’équilibre en écoutant notre émotion (par exemple en se préparant à mieux réagir pour le cas où nous serions amenés à revivre cette situation de racisme, ou en prenant une autre perspective, ou en s’engageant dans un mouvement luttant contre le racisme, etc).
Se reconnecter et s’écouter
Vous aurez bien compris qu’il était en réalité primordial de pouvoir se reconnecter à notre monde émotionnel, qui est bel et bien là, que nous le voulions ou non. Nos émotions ont un impact immense sur notre vie, et sur notre corps, et il est aujourd’hui grand temps de pouvoir le comprendre et s’en servir au mieux pour améliorer notre vie, et arrêter de nous auto-handicaper, nous saboter, car nous n’avons pas pu entendre les signaux pourtant bien présents.

Un travail de (ré)éducation aux émotions peut s’avérer utile, avec l’aide d’un.e professionnel.le au besoin, ainsi qu’un travail réflexif sur nous-mêmes et nos réactions. Une fois reconnectés à nos émotions, encore faudra-t-il bien vouloir les écouter, et enfin, prendre les actions nécessaires et bénéfiques afin de répondre à ce que l’émotion nous dit. Et en termes d’actions, une multitude de choses sont alors possible à mettre en place, dépendant de qui nous sommes, ce que nous désirons, ce dont nous avons besoin, etc.
Se comprendre, c’est une étape essentielle pour se sentir heureux, car c’est l’étape nécessaire pour répondre à nos besoins et nos envies, et faire de notre vie NOTRE vie, et non pas une longue fuite vers l’avant, dans laquelle nous jouons les sourds aveugles en croyant nous rendre la vie plus simple, alors que cela nous la rend en fait bien plus complexe et malheureuse.
N’oubliez jamais que nous ne sommes pas nos émotions, mais qu’elles sont des signaux au même titre que la soif, la faim ou le sommeil. Apprenons à les écouter et à y réagir au mieux pour nous, et voyons notre vie se transformer du tout au tout 🌞
Des bisous ❤️
Sarah


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