Nous sommes le 28 août 2022, il est environ 8h du matin et je suis en légère gueule de bois. Je regarde une vidéo de Maxime Musqua sur son défi d’un an sans alcool, pour la 5 ou 6ième fois en quelques semaines. Mon esprit est embrumé mais j’ai les idées suffisamment claires que pour identifier clairement le sentiment qui m’habite à ce moment-là : la déception. Je suis déçue de moi car hier je vivais une gueule de bois carabinée et m’étais promis de ne pas boire. Echec cuisant, une fois de plus. Déçue car cela avait encore eu des conséquences sur mes relations. Déçue car je me sentais plombée par l’inaction, le cercle vicieux dans lequel je n’arrêtais pas de retomber, et la stagnation de ma vie et de mon évolution que je savais pertinamment imputable à ma consommation. Vers 9h, sur un coup de tête, je me surprends à me dire que là, maintenant, tout de suite, je commence le challenge : un an sans alcool. J’avais déjà 9 heures à mon compteur, un excellent début.
J’ai entamé cette aventure avec de grandes attentes (régler tous mes problèmes d’un coup de baguette magique), pensant me battre contre un comportement délétère qui me donnait globalement surtout mal à la tête, beaucoup de fatigue et des nausées, parfois. J’y ai finalement découvert tellement plus que ça. J’ai fait mes Adieu à l’alcool en liant les différents impacts que j’avais pu observer. Et un an plus tard, le bilan est sans appel (j’adore cette expression, elle donne une teinte grave et sérieuse à tous propos). J’en ai fait un récapitulatif en bullet points, avec de jolies couleurs, et beaucoup de plaisir car je réalise enfin pleinement tout ce que cette année m’a apporté :
Plus qu’un défi, cette aventure est devenue une véritable recherche personnelle, une quête identitaire : qui suis-je réellement, et qui ai-je envie de devenir ? Ce chemin m’a ouvert les yeux sur la culture toxique de l’alcool et plus largement de la consommation dans laquelle nous sommes plongé.e.s depuis nos plus jeunes années, et à quel point ces consommations tendent à répondre à toutes nos émotions. Lorsqu’on est triste, on boit. Lorsqu’on fête quelque chose, on boit. Lorsqu’on termine une difficile journée de travail, on boit. Lorsqu’on veut prendre du temps pour soi, on se sert un petit verre de vin devant un bon film, ou dans son bain. Lorsqu’on veut partager du temps avec des proches, on va boire un verre. Quand on est en colère, on boit un verre pour se calmer. Pour profiter d’un bon repas, on l’accorde avec une bière ou du vin. Tout nous ramène sans arrêt à la consommation. Et au fil de mes découvertes, je me suis rendue compte d’à quel point je pouvais être différente lorsque je consommais ou non. Ce ne sont pas forcément des différences énormes, mais elles sont bel et bien présentes. Et c’est effarant de se rendre compte que la plupart des gens que je connais sont différents à cause de leur consommation régulière.
J’ai également lu et entendu une multitude d’informations à propos de la consommation d’alcool, et notamment le fait inquiétant de l’impact de l’alcool sur notre santé. J’étais évidemment bien au courant des effets négatifs, mais je ne les croyais présents qu’à partir d’une dose assez conséquente d’alcool. Pourtant, assez récemment, l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), a communiqué à propos du fait que toute consommation d’alcool, dès la première gorgée, pouvait avoir des conséquences. Quand on sait qu’en plus, l’abus d’alcool tue chaque année plus de 3 millions de personnes, soit un décès sur 20, ajouté à toutes les conséquences physiques et psychologiques que la consommation peut avoir, cela a de quoi sérieusement effrayer.
J’ai très longtemps été dans une politique de l’autruche, prêchant à qui voulait bien l’entendre que « on ne vit qu’une fois« , que je préférais vivre ma vie à fond, et profiter de chaque seconde. Et malgré les impacts de plus en plus importants sur les différentes sphères de ma vie, je me bornais à croire que boire me permettait de profiter plus, de vivre plus de choses, de mieux gérer mon quotidien. Inutile d’argumenter à quel point c’était faux. Même s’il a fallu quelques mois pour me reconnecter à mes émotions, me réapproprier celle que j’étais, reconstruire mon quotidien, mes activités, mon rythme et me stabiliser dans ce renouveau, après un an je peux être catégorique : je n’ai jamais autant profité de la vie que depuis que je suis sobre. Parce que je ne perds plus des heures à être sous influence ou en gueule de bois. Parce que je connais mieux mes envies, mes limites, mes besoins, et que j’apprends à mieux les respecter. Parce que je suis plus que jamais mon coeur, et plus le désir de fuir dans un état second. Parce que j’ai l’esprit clair et plus d’énergie. Je n’ai jamais fait autant d’activités, aussi diversifiées, qu’aujourd’hui. Je ne me suis jamais vue autant évoluer qu’en cette année qui vient de s’écouler.
D’ailleurs, ma non consommation questionne, lorsque j’en parle autour de moi, ou sur le compte instagram que j’ai dédié à la sobriété. Je ne cherche pas à créer un monde sans alcool, mais je souhaite faire réfléchir les gens, pour qu’iels soient ok avec leur consommation, qu’iels ne la subissent plus. Combien de personnes m’ont partagé leur souhait de diminuer ou arrêter, mais leur difficulté à y parvenir ! Soit parce que la modération, ça ne marche pas pour tout le monde. Soit parce que la pression sociale semble trop forte. Soit par manque de connaissances ou d’utilisation d’alternatives (entendre par là les comportements qu’on peut mettre en place pour pallier à une journée difficile par exemple). La diminution ou l’arrêt de la consommation va de paire avec une réorganisation du quotidien et de nouvelles habitudes. Ce n’est pas évident pour tout le monde qu’on peut trinquer au nouvel an au jus d’orange (true story, et j’étais la première à ne pas le concevoir). La consommation a finalement beaucoup avoir avec des conceptions sociales, des habitudes de vie et des croyances culturelles et éducatives qu’on a. J’ai d’ailleurs pu déconstruire tout un tas de croyances que j’avais à propos des personnes qui ne buvaient pas. Par exemple :
- La sobriété, c’est chiant.
En vérité, la sobriété c’est très cool. Ce n’est ni triste, ni ennuyant. Je ne me suis jamais autant amusée, et surtout amusée sincèrement, et pas parce qu’une quelconque substance provoquerait des réactions dans mon cerveau, me faisant croire que je vis un truc incroyable. Cette fois, je vis vraiment des choses incroyables, je les ressens vraiment, sans artifices.
- La vie sociale est nulle si on ne consomme pas.
Faux. Depuis que je suis sobre, ma vie sociale s’est étendue, et approfondie. Mes relations avec mes proches se sont enrichies, diversifiées, et j’ai pu rencontrer plein de magnifiques personnes au détour de mes activités, ou dans mon quotidien. Des personnes qui consomment, ou non, car ce n’est plus jamais un de mes critères, alors qu’avant, c’était quand même un point bloquant, et j’entretenais moins de contacts avec les gens qui ne consommaient pas, car 1) ça me renvoyait au fait que je consommais, et 2) puisque la finalité n’était pas de consommer, ça me semblait moins amusant. Maintenant, quand je vois des gens, la finalité est de passer un moment avec elleux, de partager, d’être ensemble, et plus de consommer. Ca change toute la dynamique et permet aux relations d’être bien plus épanouissantes !
- Les gens sobres rentrent dormir tôt.
Ce n’est pas complètement faux, parce que j’ai clairement écourté la majorité de mes soirées, soit parce que j’écoute bien plus mes niveaux d’énergie et me rend mieux compte lorsque je suis fatiguée, soit parce qu’une fois que tout le monde est bourré, c’est moins cool de ne pas être dans la même vibe. MAIS il y a des exceptions ! Si d’autres gens sont sobres ou presque, la soirée garde un intérêt puisqu’on reste plus ou moins sur la même longueur d’onde que d’autres personnes. Aussi, si la soirée est active (jeux de société, danse…), elle peut dynamiser et permet de rester énergique bien plus longtemps (mon record actuel est 6h30 du matin, merci l’ambiance du dancefloor).
- La vie est plate et sans saveur sans l’intensité de la consommation.
Faux, archi faux. Tout ce qui est ressenti quand on consomme (euphorie, émotions exacerbées, impression de connexion aux autres, etc) est factice dans le sens où les substances vont venir jouer sur l’action de la sérotonine, de la noradrénaline et de dopamine. Mes ces neurotransmetteurs, liés à notre bien-être physique et mental, sont présents naturellement et leurs actions peuvent être influencées par tout un tas de comportements sains et plus ou moins faciles à mettre en place (p. ex. une activité physique, relations sociales, connexion à la nature, évitement des écrans et des comportements automatiques type scrolling, etc). Résultats, en retirant la consommation et en augmentant les comportements qui influencent les actions de ces neurotransmetteurs, on est plus heureux, pour de « vrai », de manière plus stable et plus durablement. Sans conséquences négatives comme des gueules de bois ou des redescentes, qui plus est !

Bref, en un an, j’ai appris énormément, donc. J’ai appris que la sobriété ne réglait pas tous les problèmes d’un coup de baguette magique (snif), mais qu’au moins, ça évitait d’en créer de nouveaux ou d’aggraver ceux existant. J’ai appris que la vie est incroyablement douloureuse mais qu’on peut y trouver mille et une joies dans chaque journée. J’ai appris que le monde est terriblement injuste mais qu’on peut y découvrir mille et une merveilles à chaque regard. Le chemin du quotidien est un voyage qui ne peut briller que lorsqu’on laisse le soleil y déposer ses rayons. Et ce qui éclaire, ce qui réchauffe, ce sont nos émotions, et tout l’amour que l’on a les un.e.s pour les autres.
Il y a 365 jours, j’ai retiré les mains de mon visage et j’ai ouvert grands les yeux. Aujourd’hui je ne veux plus jamais les fermer. Je veux tout voir, tout ressentir. Je veux vivre pleinement et entièrement chaque seconde qui passe. Je veux composer ma vie d’instants qui comptent, aussi insignifiants puissent-ils paraître. Parce que j’ai appris que dans le plus simple des moments se cache une beauté qui donne l’espoir et l’envie de découvrir ce que demain a à nous apporter. Je veux aimer purement et sans limite. Je veux être et devenir qui je suis, sans superflux. Je veux construire mon chemin guidée par l’amour et mes ressentis, et rien d’autre.
Je veux vibrer au rythme de tout ce que je vis, et me laisser porter par la musique des battements des cœurs de ce monde.
Cette aventure continue à présent au-delà du challenge fixé initialement. Parce qu’en un an, j’ai gagné tellement de choses que je ne vois pas tellement pourquoi je ferais marche arrière. Tout ce que l’alcool m’apportait est à présent comblé par d’autres choses, plus saines, plus vraies, plus pures. Et même si j’aime son goût, ses effets, même si certains souvenirs me laissent nostalgique, et malgré les moments difficiles, ma vie n’a jamais été aussi magnifique que depuis que je suis sobre. Alors pourquoi retourner dans un vieux schéma qui a été si difficile à quitter ?
Des bisous ♥
Sarah


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