2020 ? – N’abandonnons pas

Je suis psychologue. Je suis l’une des éternel·le·s oublié·e·s de cette crise. L’une de celles dont le gouvernement ne s’est pas soucié, parce que « je suis psy donc je vais toujours bien et je suis toujours heureuse » et donc toujours prête à aider les gens sans avoir besoin d’être aidée moi-même.

Et pourtant cette crise je l’ai vécue moi aussi, personnellement et professionnellement. Je suis sujette aux troubles anxieux depuis plus de 10 ans, et lors de cette crise, j’ai du mettre mes angoisses, mes peurs, mes inquiétudes, mon désespoir, et ma santé de côté. Pour aider mes patient·e·s. J’ai du être forte quand personne ne pouvait plus l’être. Je travaille en oncologie, là où l’incertitude et la mort planent au quotidien. Mes patient·e·s étaient bien plus angoissé·e·s, bien plus seul·e·s, bien plus en difficulté. J’ai pris en charge des situations émotionnellement très difficiles. Tout ça en ayant enchaîné les 5 premiers mois de cette année sans congé. Parce qu’on a pas forcément suffisamment d’effectifs, parce que je ne voulais pas abandonner, ou donner l’impression de fuir. Je suis jeune, j’ai encore tout à prouver, et beaucoup à apprendre, alors je donne, je donne, et je fais de mon mieux. Et puis aussi parce que mes patient·e·s en valent la peine. Ils sont si courageux, et méritent qu’on les soutienne et qu’on les accompagne au mieux.

Alors je suis celle qui a couru 20km pour offrir de la soupe aux personnes démunies, et puis qui a marché sur un pied blessé pendant deux semaines pour aller travailler, même quand ça me mettait 1h30 de trajet parce que je devais faire des pauses quand la douleur physique était trop forte pour continuer. Je suis celle qui retenait ses larmes quand je ne savais pas quoi faire pour aider un·e patient·e et que j’étais seule face à moi-même, face à mes manquements. Je suis celle qui a essayé d’être la lueur d’espoir de plein d’autres. Et c’est certain, les sourires de mes patient·e·s ravivent chaque jour ma lueur à moi.

Mais très cher gouvernement, laisse-moi quand même te dire ce que je pense tout bas… Tu prétends pouvoir diriger ce pays, mais tu ne sais même pas faire une commande de masques correctement. Tu prétends pouvoir nous aider, mais tu ne penses qu’à toi, et à ton argent. La santé de tes citoyen·ne·s, leur bonheur, est accessoire. Que fais-tu ? Où es-tu ? Pourquoi as-tu tant attendu avant de réagir ? Et pourquoi nous déçois-tu toujours autant aujourd’hui ? Plus de deux mois après le début du confinement. Plus de 5 mois après qu’on ait commencé à voir tout ça venir.

Aujourd’hui, je suis fatiguée. Je suis fatiguée de voir des affiches sommant les mesures gouvernementales sur les vitrines des magasins. Parce que ça veut dire qu’on peut y retourner, et prendre le risque de contaminer, d’être contaminé·e. Je suis fatiguée de voir la fatigue du confinement faire faire n’importe quoi aux gens qui sortent. Parce que beaucoup font les inconscient·e·s. Je suis fatiguée que les masques soient devenus un accessoire de mode. Je suis fatiguée que le gouvernement ne sache toujours pas prendre des mesures correctes. Je suis fatiguée que l’économie soit encore et toujours une priorité, prenant le large dessus sur la vie de milliers de personnes. Et je suis fatiguée, de voir le monde aspirer à redevenir comme avant. Parce que « comme avant » nous a mené·e·s à là où nous en sommes à présent.

Le personnel soignant et non soignant est épuisé. Nous sommes les soldats et nous sommes épuisé·e·s. Épuisé·e·s de nous battre contre un ennemi invisible, épuisé·e·s de tout faire pour tenter de faire tenir les rangs debout. Nous sommes épuisé·e·s émotionnellement et physiquement. Et s’il y a une deuxième vague, le risque d’erreurs va augmenter, parce que nous sommes épuisé·e·s. Et ça ne devrait jamais en arriver là. Le pays ne devrait pas espérer pouvoir encore tenir debout avec des ophtalmologues affecté·e·s au service de réanimation, des psy en dépression, des restaurateur·trice·s affamé·e·s, des indépendant·e·s en train de couler, ou encore les plus pauvres toujours plus endetté·e·s et délaissé·e·s. Ça ne devrait pas être permis.

Alors je ne prétends clairement pas tout savoir mieux que tout le monde, je ne sais même pas grand chose à vrai dire. Mais une chose dont je suis malgré tout certaine, c’est que cette crise est mal gérée, que les gens ne se rendent pas réellement compte que ce qui est en train de se passer. Je ne sais pas ce qu’il conviendrait le mieux de faire, mais j’ai envie de garder espoir que quelqu’un saura, que quelqu’un nous tirera de là.

Je suis psychologue, et je n’arrêterai pas d’espérer, parce que ce n’est pas dans mes principes d’abandonner.

N’arrêtons pas d’espérer, n’abandonnons pas.

Stay safe ♥

Sarah

Laisser un commentaire