Est-ce que tu te rappelles ? – Nous sommes la vie

Est-ce que tu te rappelles de cet exact moment où tu t’es rendu compte que tout ce que tu avais connu jusqu’à présent était sur le point de changer ? Est-ce que tu te rappelles des quelques jours qui ont précédés ce moment ? Ces quelques jours d’insouciance qu’il te restait, le calme avant la tempête.

En Belgique, ça fait depuis le 13 mars, à minuit, que nous sommes entrés dans une phase un peu particulière, où nos déplacements sont réduits, où nous n’avons donc plus le droit de sortir pour tout et n’importe quoi, où nous ne pouvons plus nous réunir à plus de deux personnes, en gardant bien un mètre cinquante de distance. Mesures de précaution, tentative de ralentissement de la propagation d’un virus, le coronavirus, le covid-19. Le pays, l’Europe, le monde, essaye de faire ce qu’il peut pour garder un minimum de contrôle sur la situation. Un contrôle bien illusoire pour certains, inutile pour d’autres, ou encore tant espéré pour la majorité d’entre nous qui, même si nous n’y croyons peut-être qu’à moitié, nous permet de continuer à vivre et à croire qu’on va s’en sortir, et que tout redeviendra comme avant. Attends, comme avant… Vraiment ?

Sur Instagram, je vois des chaînes de nomination se lancer, afin de découvrir de nouveaux comptes, d’en mettre à l’honneur, ou tout simplement pour passer le temps. Parmi ces chaînes, il y a celle qui a pour principe de nominer des personnes pour qu’elles publient une ou plusieurs photos d’elles étant enfants et puis de nominer d’autres personnes afin qu’elles fassent de même. Cette chaîne m’a fait réfléchir. Nous étions si jeunes, si innocents, si inconscients. Nous ne savions pas encore que le monde adulte est terrible et isolant, que nous ne verrions pratiquement plus nos amis et notre famille, parce qu’on travaille beaucoup, et que le week-end, on est fatigués. Nous ne connaissions pas la peur de voir notre salaire diminuer fortement ou disparaître complètement, ni l’angoisse de voir les factures s’accumuler. Nous ignorions les disputes de couple, les difficultés d’être parents, ou la presque nécessité de faire un emprunt pour alléger notre quotidien au travers de l’achat d’une voiture, ou parce qu’il « faut investir dans la pierre parce que tu comprends ça te mettra à l’abris pour tes vieux jours et puis c’est tellement plus sûr que de mettre son argent à la banque parce que s’il y a un crash boursier comme on a déjà connu eh bien tu seras rassuré.e blabla truc machin« .

Et puis à l’adolescence, on s’est moqués de nos grands-parents qui avaient des stocks de nourriture pour 10 ans dans leurs armoires. Ils avaient connu la guerre et étaient traumatisés. Mais nous, jeunes millenials, ne nous rendions pas compte de ce qu’était un traumatisme comme celui-là, en fait. Nous nous pensions si intelligents et au-dessus de tout. Nous nous pensions plus fort.e.s que tout, pensant avoir tout compris à la vie, au monde, au système, que nous jugions d’ailleurs si corrompu et imparfait, et nous avions raison. Nous sommes les pros des valeurs bien pensées, des leçons à donner, les plus compétents parce qu’on apprend vite, puisqu’à l’ère du numérique, nous maîtrisons les réseaux sociaux et la recherche d’informations online à la perfection. Nous pouvons étudier en physique et/ou en ligne et sur plusieurs fronts, développant 30 compétences à la fois, et réussissant 4 diplômes et 3 certifications en à peine quelques mois. Nous allons vite, nous réfléchissons loin, à la philosophie de l’existence, au sens de la vie et aux problèmes mondiaux à résoudre, tout en jouant sur une organisation quotidienne à cent à l’heure, réglée à la minute près. On court dans tous les sens, on remet tout en question, on gère tout, tout le temps et en même temps. Alors on se moquait, des vieux, des boomers et puis des 2000 aussi, parce que simplement, on est les meilleurs, point. Right ?

Alors on a bougé, on s’est levés et on a marché dans la rue. On a voulu renverser le système, faire réfléchir nos parents et changer la vie de nos petits frères et soeurs, ou de nos enfants. On a voulu régler la crise climatique. On a voulu aider lors des feux en Australie. Avant cela, on a écrit sur Facebook, on a photographié sur Instagram, on a parlé sur YouTube, on a organisé et participé à des conférences, on s’est renseigné, on a lu, on a écouté, on a débattu et discuté en groupes, en s’affiliant à des associations, et en rejoignant des mouvements. On a modifié notre alimentation et notre style de vie, ne jurant plus que par le zéro déchet et le slow living et on a revu et défendu nos valeurs. Oh oui, on en a changé des choses quand même en quelques mois…

Il y aura un avant, et un après

Et puis le covid-19 est arrivé. D’abord doucement, comme une stratégie parfaite sur Plague. Il était loin, silencieux. On en entendait vaguement parler, dans les médias. Et il est arrivé sournoisement toquer à notre porte. Voilà maintenant qu’on en parle dans nos journaux locaux, et qu’il bouleverse notre vie de tous les jours. Et maintenant, tu te rappelles de cet exact moment où tu t’es rendu compte que tout ce que tu avais connu jusqu’à présent était sur le point de changer ?

Il s’est attaqué à nos grands-parents, à nos parents, à nos enfants, à nos ami.e.s, aux plus riches et aux plus démunis. Indifférent à notre âge, à notre sexe, à notre genre, à notre culture, à nos origines ou à notre religion. Il a pris nos pays, nos voyages, nos vacances, nos activités, nos emplois, notre liberté, notre santé. Il a emporté notre normalité, nous a forcé à nous adapter.

C’est plus que probablement le meilleur moment pour réfléchir, comme nous savons si bien le faire, chacun.e de notre côté et ensemble. Réfléchir à notre société, notre système économique et de soins de santé. Réfléchir à notre façon de vivre, revoir nos priorités. Et si finalement sortir était une chose précieuse, à protéger ? Et si nos relations sociales étaient en fait une incroyable opportunité ? Et si nous nous étions trop donné.e.s dans nos emplois, oubliant que notre famille était si importante ? Et si nous nous étions perdu.e.s dans des activités futiles, sans texture et qualité ? Et si nous avions oublié le plus important, l’essentiel ?

Est-ce que tu te souviens de cet exact moment où tu as compris que tout ce que tu avais connu jusqu’à présent était sur le point de changer ? Ce moment, c’est maintenant !

We rising then we fall
But that won’t break me

Et tu sais quoi ? Aujourd’hui, nous sommes amené.e.s à nous réunir symboliquement, à unir nos forces et avancer tou.te.s ensemble, indépendamment de notre âge, de notre sexe, de notre genre, de notre culture, de nos origines ou de notre religion. Nous sommes toujours debout, et nous allons nous battre tou.te.s ensemble, nous allons applaudir, vibrer, chanter, danser. Et nous tirerons les leçons, je l’espère tellement, nous apprendrons de nos erreurs. Et demain, toujours ensemble, nous créerons un monde meilleur.

Because We Are Still

ALIVE

D’ici là, je te souhaite de prendre soin de soi, et de ton prochain. Je te demande et t’implore de rester prudent.e, d’être aussi précautionneux.se que possible. Et puis je te remercie d’être là dans ce monde, d’être une des cellules de cet immense Être vivant que nous formons tou.te.s ensemble.

Sans toi, ce grand Être ne serait pas le même. Chaque Être compte. Tiens bon, nous sommes là pour toi, pour lui, pour elle, pour eux, pour nous, plus solidaires que jamais. Car nous sommes le monde de demain, nous sommes le changement, nous sommes la vie.

Et nous nous souviendrons de cette année 2020 où rien n’a été comme nous l’avions prévu. Nous nous rappellerons de ce qui nous aura permis de réapprendre la patience, l’unité, l’humanité, la solidarité, comment les choses les plus simples du quotidien peuvent nous rendre si heureux.ses. Nous nous remémorerons de ce que c’est de nous battre contre un ennemi commun, et puis nous nous rappellerons du sacrifice humain, et des longues heures de bataille de tous ces métiers qui ont continué à tourner, pour le bien de tou.te.s.

Est-ce que tu te rappelleras ? Nous SOMMES la vie, et nous vaincrons,
ensemble.

Je te laisse retourner à cette vie de fou que nous sommes en train de vivre, et comme toujours, et malgré des circonstances, je te souhaite beaucoup de joie et un immense sourire 🙂

Sarah

Ps : pour rappel, si vous ressentez le besoin d’être écouté.e en cette période difficile, voici les numéros et sites à contacter :
– Pour chacun.e : 0800 14 689
– Pour le personnel soignant : https://www.psyformed.com/
– Pour les violences conjugales : 0800 30 030

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